Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? en Terminale
Cours complet, points clés à retenir et exercices d'entraînement de quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? pour les élèves de Terminale. Conforme au programme officiel.
Réviser notion par notion
- Des inégalités multiformes, cumulatives et qui évoluent
- Mesurer les inégalités : rapport interdécile, courbe de Lorenz, coefficient de Gini, top 1 %
- Égalité des droits, des chances et des situations
- Les conceptions de la justice sociale : utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral
- L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale
Ce que tu vas réviser
- Évolution et caractère multiforme et cumulatif des inégalités
- Mesure des inégalités : rapport inter-quantiles, courbe de Lorenz, coefficient de Gini, top 1 %
- Égalité des droits, des chances, des situations
- Conceptions de la justice sociale : utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral
- Action des pouvoirs publics : fiscalité, protection sociale, services collectifs, lutte contre les discriminations
Des inégalités multiformes, cumulatives et qui évoluent
Les inégalités sont des différences d'accès à des ressources rares et valorisées. Elles sont multiformes : économiques (revenus, patrimoine) mais aussi sociales (santé, éducation, logement, loisirs), entre femmes et hommes, selon l'origine ou le territoire. Elles sont cumulatives : un désavantage en entraîne souvent d'autres. Elles évoluent : après avoir nettement diminué dans une grande partie du XXe siècle, les inégalités de revenus sont reparties à la hausse depuis les années 1980 dans plusieurs pays, en particulier aux États-Unis.
Exemple
Des revenus faibles limitent le choix du logement ; un logement éloigné ou surpeuplé rend les études plus difficiles ; un diplôme moins élevé conduit ensuite à des emplois moins bien payés : les inégalités se renforcent les unes les autres.
À retenir : Les inégalités ne se limitent pas aux revenus : elles se combinent et se transmettent, et leur niveau change selon les époques et les pays.
Mesurer les inégalités : rapport interdécile, courbe de Lorenz, coefficient de Gini, top 1 %
On classe la population selon son revenu et on la découpe en dix groupes égaux : les déciles. Le rapport interdécile D9/D1 compare le revenu au-dessus duquel se trouvent les 10 % les plus aisés (D9) à celui en dessous duquel se trouvent les 10 % les plus modestes (D1). La courbe de Lorenz relie la part cumulée de la population (en abscisse) à la part cumulée des revenus qu'elle reçoit (en ordonnée) : plus elle s'éloigne de la diagonale (égalité parfaite), plus les inégalités sont fortes. Le coefficient de Gini, compris entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité maximale), résume cet écart en un seul nombre. La part du top 1 % mesure la concentration des revenus ou du patrimoine tout en haut de la distribution.
Exemple
Dans un pays fictif, D1 = 12 000 € et D9 = 36 000 € par an : le rapport interdécile vaut 36 000 / 12 000 = 3. Les 10 % les plus aisés gagnent donc au moins 3 fois plus que le revenu maximal des 10 % les plus modestes.
À retenir : D9/D1 compare le haut et le bas de la distribution ; la courbe de Lorenz et le coefficient de Gini décrivent toute la distribution ; le top 1 % mesure la concentration au sommet.
Égalité des droits, des chances et des situations
L'égalité des droits signifie que tous ont les mêmes droits devant la loi (voter, se présenter à une élection, être jugé selon les mêmes règles). L'égalité des chances signifie que chacun a les mêmes possibilités d'accéder aux différentes positions sociales, quelle que soit son origine. L'égalité des situations vise à réduire les écarts réels de revenus et de conditions de vie.
Exemple
Le droit de vote identique pour tous relève de l'égalité des droits. Des bourses réservées aux élèves de milieu modeste relèvent de l'égalité des chances. Des minima sociaux qui réduisent l'écart entre les revenus les plus faibles et les autres relèvent de l'égalité des situations.
À retenir : Droits (mêmes règles pour tous), chances (même point de départ), situations (résultats plus proches) : trois idéaux d'égalité différents.
Les conceptions de la justice sociale : utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral
Pour l'utilitarisme (Bentham, Mill), une société juste maximise le bien-être total de ses membres : une inégalité est acceptable si elle augmente ce bien-être global. Pour le libertarisme (Nozick), une répartition est juste si les biens ont été acquis et échangés librement et légitimement ; l'État doit rester minimal et ne pas redistribuer. Pour l'égalitarisme libéral (John Rawls), les libertés fondamentales doivent être égales pour tous, les positions doivent être ouvertes à tous dans une juste égalité des chances, et les inégalités ne sont justes que si elles améliorent la situation des plus défavorisés (principe de différence).
Exemple
Des revenus plus élevés pour les médecins, s'ils incitent davantage de personnes à faire ces longues études et améliorent ainsi les soins de tous, y compris des plus modestes, peuvent être justifiés pour un utilitariste comme pour Rawls. Un libertarien les accepte tant qu'ils résultent d'échanges libres, sans chercher d'autre justification.
À retenir : Utilitarisme : maximiser le bien-être total. Libertarisme : respecter la liberté et la propriété, État minimal. Égalitarisme libéral : inégalités acceptables seulement si elles profitent aux plus défavorisés et si les chances sont égales.
L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale
Les pouvoirs publics disposent de plusieurs outils : la fiscalité (un impôt progressif prélève une part plus grande des revenus élevés), la protection sociale (assurance et assistance contre les risques sociaux), les services collectifs (éducation, santé, transports accessibles à tous) et la lutte contre les discriminations. Ces actions rencontrent des limites : contraintes de financement, débats sur leur efficacité, sur leur légitimité, et risques d'effets pervers.
Exemple
Barème fictif : 0 % jusqu'à 10 000 € de revenu, puis 20 % sur la partie au-delà. Une personne qui gagne 30 000 € paie 20 % × 20 000 = 4 000 € : son taux marginal (celui de sa dernière tranche) est de 20 %, mais son taux moyen n'est que de 4 000 / 30 000 ≈ 13,3 %. Il ne faut pas confondre les deux.
À retenir : Fiscalité progressive, protection sociale, services collectifs et lutte contre les discriminations réduisent les inégalités, mais leur financement, leur efficacité et leur légitimité font débat.
Les points clés
- Les inégalités sont multiformes (économiques, sociales, de genre, territoriales) et cumulatives.
- Rapport interdécile D9/D1 : compare le seuil des 10 % les plus aisés à celui des 10 % les plus modestes.
- Courbe de Lorenz : plus elle s'éloigne de la diagonale, plus les inégalités sont fortes.
- Coefficient de Gini : de 0 (égalité parfaite) à 1 (inégalité maximale).
- Égalité des droits, des chances, des situations : trois idéaux différents.
- Utilitarisme (bien-être total), libertarisme (liberté, État minimal), égalitarisme libéral de Rawls (principe de différence).
- Impôt progressif : ne pas confondre taux marginal et taux moyen.
- Outils publics : fiscalité, protection sociale, services collectifs, lutte contre les discriminations ; limites : financement, efficacité, légitimité, effets pervers.
L'essentiel
Savoir si une inégalité est juste dépend de la conception de la justice sociale adoptée ; les pouvoirs publics agissent pour la réduire, mais leurs choix font débat.
Exercices d'entraînement
Entraîne-toi sur ces exercices, puis fais-toi corriger pas à pas par le tuteur.
Exercice 1
Voici la répartition des revenus dans un pays fictif. Part cumulée de la population (%) : 0, 20, 40, 60, 80, 100 Part cumulée des revenus (%) : 0, 5, 15, 35, 65, 100 1) Quelle part des revenus reçoivent les 20 % les plus modestes ? Et les 20 % les plus aisés ? 2) Combien de fois plus les 20 % les plus aisés reçoivent-ils que les 20 % les plus modestes ? 3) Que montre ce tableau sur la forme de la courbe de Lorenz ?
Corrige cet exercice avec le tuteur →Exercice 2
Un pays envisage d'augmenter fortement l'impôt sur les très hauts revenus pour financer des bourses destinées aux élèves de milieux modestes. Présente la position que pourraient défendre un utilitariste, un libertarien et un partisan de l'égalitarisme libéral.
Corrige cet exercice avec le tuteur →